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vendredi 11 mars 2022

Regardez nous danser de Sleïla SLIMANI

L'auteure nous avait promis une trilogie racontant sa vie depuis sa grand mère, ce livre en étant le second tome.

Le récit commence en 1968, soit après l'indépendance du Maroc. La partie concenant la guerre fut seulement murmurée dans le livre précédent. Volontairement ?

Nous retrouvons avec gand plaisir, Amine, qui ayant acquis une certaine assurance est parvenu après de rudes labeurs, à faire de son domaine austère, une véritable entreprise prospère. Son épouse, la tenace Mathilde toujours présente dans les moindres tâches, partage son temps entre les divers travaux, ses 2 enfants, et le dispensaire où elle se dévoue avec tenacité pour les autres. 

Toutefois, si le Fils, Sélim, brille en natation, et peu dans ses études, Aïcha, la fille, poursuivra bientôt sa mèdecine, en Alsace, dans la région de sa mère.  Par la suite, son choix en gynécologie n'est-il pas en rapport avec la condition de la femme de cette époque ? Mais cette période trouble pose de nombreuses questions à cette nouvelle jeunesse car les tentations offertes par la modernité sont nombreuses. Le pays cherche encore son équilibre et tente de fonder son identité. La population demeure pauvre, malgré que les français soient remplacés par une bourgeoisie marocaine. Réussite, défaite ? chacun juge suivant sa vie. Medhi, Selma, Sabah demeurent malgré tout, des révoltés à la dérive.

Son histoire personnelle mêlée à l'histoire d'alors, donne au récit une profondeur intense grâce à la plume parfois grinçante de la narratrice. Très belle fresque qui se poursuit avec de beaux portraits, remplie d'émotion. Vivement la suite.

Dorimène précise qu'elle ignorait qu'il y eut une période hippies à Essaouira. A retenir. 

dimanche 28 mars 2021

Le pafums des fleurs la nuit de Leïla SLIMANI

 Dorimène qui aime particulièrement cette auteure, vous incite chaleureusement à lire son dernier ouvrage,  150 pages à rajouter à vos lectures prévues !

Bien que préférant rester chez elle plutôt que sortir pour différentes occupations, l'auteure accepte après réflexions, de passer une nuit seule, dans le musée de la douane à Venise, au milieu des oeuvres contemporaines de la fondation Pinault, pour lesquelles elle ne semble éprouver aucune attirance.

La voici donc seule pour 1 nuit dans la douane de la mer, magnifique batiment du XVIIe  dont la pointe s'ouvre sur le grand canal.  Dans le silence qui l'entoure, une poésie de mots jaillit comme des milliers d'étoiles dans le ciel noir. Ils viennent se heurter à l'extérieur, sur les 2 atlantes  qui portent sur le dos un globe terreste, et dame fortune dont la voile tourne au gré des vents, les domine. L'ensemble doré servait de phare pour les bateaux entrant venus faire dédouaner leur marchandise. Ses mots sont justes dans ses errances à travers cet immense batiment,  et bientôt elle nous confie en toute intimité, son pays, sa vie à Rabat, son enfance et les nombreuses questions sur ce père aimé, ses regrets aussi, sa culture, la religion musulmane, et nous sommes admiratifs sur ses connaissances concernant de nombreux écrivains. Le texte est magistral dans ce lieu qui est un enchantement ! 

Certains passages sont à relire car vous serez ainsi sur les lieux, d'autant plus si vous connaissez cette ville magnifique qu'est Venise. Moi, je rêve, je rêve......




A relire : chanson douce, le pays des autres

               



dimanche 28 juin 2020

Le pays des autres de Leila SLIMANI

Cette jeune auteure, nous prouve une fois de plus son  talent, avec son dernier livre.
Dans celui-ci, elle nous raconte la vie de ses grands parents entre les années 1946/1956. Il s'agit du 1er tome, 2 autres doivent suivre.
En 1944, Amine Belhaj, jeune marocain, combat pour l'armée française, et rencontre Mathilde, jeune alsacienne. Ils tombent amoureux. A la fin des combats,  et suite à leur mariage, ils s'installent au Maroc,  près de Meknès, dans une vieille ferme délabrée, où la terre est rébarbative aux travaux.
Dans cet environnement étouffant, Mathilde mal accueillie, ne peut accepter que la femme soit soumise, 
elle tient tête malgré de nombreuses oppositions et travaille avec ardeur tout comme son mari. Elle entreprend de multiples tâches, met au monde 2 enfants, dont elle s'occupe avec amour, tout en ménageant les 2 cultures dont ils sont issus. Tout cela dans une vie quotidienne rude et parfois décourageante. Remplie d'humanité la jeune femme apprend comment soigner différents maux, et aménage un dispensaire afin de traiter les ouvriers de son mari, ainsi que leurs épouses. Avec ardeur, elle multiplie ses efforts sans compter,  partage les déchirements qui s'installent, alors qu'un climat trouble parfois violent s'étend dans le pays. Les premiers affrontements vont bientôt se manifester, entraînant l'indépendance du protectorat.
Tous les protagonistes décrits sont effectivement dans "le pays des autres."
Ecrit avec justesse et sensibilité, ce livre  envoûtant est un bel hommage à ses origines. 



A lire ou relire :
- Chanson douce





Dorimène profite de ce commentaire, afin de vous faire part, du décès de Carlos Ruiz Zafon, auteur qu'elle aimait particulièrement, et qu'elle vous a recommandé préalablement plusieurs fois par le passé.
Une pensée pour lui.

lundi 30 janvier 2017

Chanson douce

Avec la virtuosité qui la caractérise, cette auteure nous happe dès les premières pages de son dernier roman. Tout débute par l'assassinat de 2  enfants.
Myriam et Paul sont un jeune couple moderne ayant 1 petite fille Mila et un petit garçon Adam. Myriam ayant une opportunité professionnelle, décide de reprendre son travail  dans un cabinet d'avocats, ceci malgré les réticences de Paul. Commence alors la course à la recherche de la parfaite nounou. Ils pensent avoir trouvé la perle rare avec Louise : blonde, menue, allure impeccable, discrète, prévenante, dévouée, avec de bonnes références, cette perle rare, fée du logis, séduit de suite les enfants. 
D'une main de maître nous voici entraînés dans la vie de cette famille où jour après jour, "Louise   à l'âme pourrissante" s'infiltre, se fond, manipule, tisse sa toile, cloisonne le quotidien.  Commence alors un lent processus de désintégration qui est parfaitement décrit. Nous percevons quelquefois  la tension, même la jalousie, entre la nounou dont la vie sociale et affective fut misérable, et l'angoisse de Myriam trop prise par son travail, se sentant coupable d'abandonner son rôle de mère. Est-il possible de mener de front une réussite professionnelle et demeurer une bonne mère,  de donner des ordres sans vexer, de dominer socialement sans humilier ? Tableau cruel de la société actuelle. 
Ce livre qui a obtenu le Goncourt est un véritable ouragan qui ne peut nous laisser indifférent.