mardi 5 avril 2016

La petite femelle

Avec cette lecture, je viens à nouveau vous parler de Pauline Dubuisson. En effet, Jean-Luc Seigle nous avait fait un excellent récit sur la vie de cette jeune femme (voir "Je vous écrit dans le noir") que Dorimène avait commenté préalablement.
Dans ce nouveau récit à la narration exceptionnelle, cet auteur nous décrit les facettes souvent si sombres de Pauline Dubuisson. Ses antécédents familiaux si complexes nous révèlent une jeune fille recroquevillée sur elle-même, puis une jeune femme au caractère indépendant voulant fuir ce milieu familial.
Mené comme une enquête policière,  mais avec acharnement, ce récit palpitant, devient une obsession pour l'auteur, qui nous fait revivre le procès, avec son manque de clarté ,  ses oublis, ses non-dits.  Pourtant, celui-ci mêle parfois, avec un humour décalé, ses histoires  personnelles, avec des commentaires hilarants. Les 700 pages du livre en sont adoucies. 









mardi 29 mars 2016

A ce stade de la nuit

A ce stade de la nuit, l'auteure écoute la radio lorsque surgit un nom : Lampedusa. Nom effrayant qui évoque une tragédie humaine avec l'arrivée sur cette île de nombreux migrants qui fuient leur pays, la guerre, l'horreur.
Pourtant en laissant vagabonder notre esprit, et après maintes réflexions, défile devant nos yeux, un film magnifique : Le guépard de Luciano Visconti ! Nous assistons alors à la lente agonie du temps, car le Guépard est le naufrage d'une époque, la fin d'une aristocratie décrépie, ruinée, malgré les ors, le cristal des lustres, et l'argenterie étincelante, dans une  Sicile révolue.  La rencontre entre Don Fabrizio qui porte somptueusement  sa noblesse et Don Calogero paysan  à l'allure empruntée mais  présentement  plus riche que lui , transcrit fort bien la fin de ce monde. Mais incontestablement, la plus belle scène demeure celle du bal où nous découvrons l'ascension sociale d'Angélica, splendide Claudia Cardinale, interprétant le fille de Don Calogero fiancée au neveu du Prince.  Lors d'un repas, son interminable rire de gorge semble  d'une durée excessive plus qu'incongrue dans cette société à la dérive, pétrifiée par sa fin proche. Toutefois, Burt Lancaster fut l'interprétation parfaite de ce beau Prince vieillissant, au sourire légendaire, au corps puissant, aux yeux limpides. Comme il nous fit rêver....!
La pensée de l'auteure vagabonde vers d'autres îles, d'autres paysages, nous entraînant dans des réflexions sur les drames actuels.
Le livre comporte peu de pages,  mais il dégage une telle poésie que je viens de le lire une seconde fois.

jeudi 17 mars 2016

RU

La vie de Nguyen An Tinh est comparable au ruisseau RU : il jaillit d'une source claire, cristalline, effectue des méandres, bondit de pierre en pierre, rugit en cascades puis devient torrent avant de retrouver un certain calme apparent  après ces tumultes cahoteux.
Née à Saigon dans une famille aisée et aimante, tout la destinait à une vie meilleure. Mais, l'arrivée du communisme change la donne. La fuite éprouvante dans un bateau au large du golfe de Siam la laisse vaincue, puis le séjour dans un camp de réfugiés en Malaisie l'anéantit. Vient ensuite la vie au Canada, avec la découverte des hivers froids du Québec. Une succession d'événements douloureux, où malgré la paix retrouvée, il est fort difficile d'oublier les conflits, les déchirements, les errances.
Toutefois, avec grande pudeur l'auteure  maîtrise son récit à la perfection.
Emotion assurée, avec cette grande lecture.

samedi 5 mars 2016

Titus n'aimait pas Bérénice

Titus n'aimait pas Bérénice dites-vous ? Elle en était très affectée, étant persuadée que Titus l'aimait vraiment, d'un amour aussi fort que le sien. Mais voici que le doute s'insinue, Titus aimait-il vraiment Bérénice ?
La rupture a lieu de nos jours, dans un café, histoire banale, courante, et c'est peut-être pour cela que je mis un certain nombre de pages avant d'entrer dans ce récit.
Puis petit à petit, je me suis rapprochée de Racine. Voici longtemps que nous ne nous étions rencontrés, depuis le lycée sans doute, car j'avoue humblement qu'il ne faisait pas partie des hommes de ma vie. La tragédie m'ennuyait alors et je ânonnais (merci de respecter l'accent...)ses vers sans trouver la beauté des mots.
Puis j'ai redécouvert sa vie difficile d'orphelin, sa solitude, ses études, Port Royal, sa passion d'écrire, ses tragédies dont les femmes sont les principales héroïnes, le soutien effacé de son épouse, ses enfants, sa vie bourgeoise, ses engagements,  son jansénisme, ses colères, sa lente montée vers le triomphe et le miracle de Versailles.
Or si je compris qu'au 1er siècle avant JC, Titus quitta Bérénice pour rejoindre Roma son épouse, ce ne fut que par simple raison d'état,  peut-on établir un  parallèle  avec Titus et Bérénice d'aujourd'hui ? Je m'interroge encore. Toutefois, suite à cette lecture, je viens  donc de relire Iphigénie.

mardi 16 février 2016

D'après une histoire vraie

Après "Rien ne s'oppose à la nuit" que nous avons (pratiquement) tous lu et que nous avons particulièrement aimé, l'auteure ressent un profond vide, et n'arrive plus à écrire. Toutefois après de nombreuses pérégrinations, elle y parvient pour notre plus grand bonheur car son nouveau roman est fort bon!
Lors d'une soirée dansante, notre auteure rencontre L, femme belle, élégante, à la sophistication simple, à l'assurance tranquille, bref, impeccable. Son opposé.  De suite, elle est fascinée par cette femme. Leurs rencontres se multiplient dans les jours suivants, et leur complicité grandit de jour en jour. Pourtant de notre côté, nous voyons s'installer petit à petit l'emprise de L sur l'auteure fragile. Sa façon de comprendre ses inquiétudes, de la calmer, de la rassurer, comme si elle parvenait à lire dans ses pensées, à prendre possession d'elle. Peu à peu, elle sait se rendre indispensable, s'insinue dans sa vie même privée, oblige une cohabitation, et bientôt lui dicte sa conduite. L'auteure est alors enfermée dans une prison mentale de plus en plus oppressante et nous sentons monter cette pression.  Jusqu'où ira-t-elle ? Sommes nous dans la réalité , dans la fiction, en cette période où les lecteurs veulent lire des histoires vraies ? 
Ce roman écrit avec une grande habileté, a des allures de thriller psychologique et nous sommes avides de connaître la fin,  car nous aussi parfois,  nous ressentons l'angoisse.

Dorimène vous recommande également "No et moi" qui est un excellent roman de cette auteure.

mercredi 3 février 2016

Juste avant l'oubli

Souvenez-vous, lorsque préalablement je vous avais conseillé la lecture  "Sombre dimanche" de cette auteure, j'avais prédit que nous entendrions parler d'elle à l'avenir. Je le réitère. Voici donc son dernier roman aux allures de thriller psychologique qui est une réussite.
Dans une île perdue des Hébrides, Emilie est chargée d'organiser des journées d'études consacrées à l'écrivain de polars "Galwin Donnell", sur lequel elle prépare une thèse. Cet auteur mythique a passé les dernières années de sa vie en reclus, sur cette île coupée du monde, et s'est suicidé en se jetant de haut des falaises. Il avait pour seul compagnon, un gardien inquiétant et taciturne avec lequel il communiquait fort peu. 
Franck l'amoureux d'Emilie vient la rejoindre avant l'arrivée des autres personnalités et souhaite parvenir à lui faire accepter de vivre  durablement avec lui jusqu'à l'infini....
 Mais avec les nouveaux hôtes de l'île, qui sont assemblés afin de faire revivre l'oeuvre de Donnell, rien ne se passe comme prévu. Une tension étrange est palpable, car le fantôme de l'écrivain est omniprésent et semble manipuler à sa guise chaque participant. Nous errons entre réel et imaginaire, où se trouve le vrai, le faux ?
Nous assistons inexorablement à la fin d'un amour tandis que le secret de l'île se dévoile.
Un roman noir palpitant, les pages se tournent à une vitesse folle.

jeudi 21 janvier 2016

La fille du pape

Dans cet ouvrage, à l'écriture contemporaine, nous voyageons dans l'Italie de la renaissance italienne, sous le règne des Borgia, où se mêlent intrigues, meurtres perpétrés par de nombreux et sinistres personnages; Nous croisons toutefois des hommes célèbres comme Copernic, et Savonarole entre autres.
 Mais revenons aux Borgia, principalement à Lucrèce. En effet, pour moi comme pour la plupart d'entre vous, nous gardons  de ce personnage, un souvenir sulfureux représentant le vice et la débauche et par conséquent un manque total de moralité.
Or pour cet auteur, il n'en est rien. En effet, se détachant de l'analyse historique,  il nous présente une femme fort belle (cela nous avait préalablement été décrit) , cultivée, humaine, réfléchie, aimant les arts et les lettres, et mécène envers les plus démunis. Elle fut avant tout, victime de sa famille peu recommandable.  Pion manipulé au gré des événements politiques par son père le pape Alexandre VI , et par son frère César, crapule notoire. Mariée plusieurs fois (et démariée) suivant les avantages à obtenir, elle eut il est vrai des amants, mais elle souhaitait être une femme libre, et avoir le choix dans ses amours.
Grâce à cet auteur, elle obtient une rédemption qui a mon avis, est bien méritée.
Texte très agréable à lire, rempli de découvertes.